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Le Rhône à Printegarde

Fleuve de lumière

Printegarde Le vent. Le grand vent argenté dans les feuilles des magnifiques saules et peupliers blancs. Les branches se balancent, se mêlent, dansent contre le ciel. L’eau de la lône qui nous sépare de l’île des Petits Robins à Livron est calme. Les barques à son bord sommeillent.

Les belles dames volètent, sans capeline ni robe longue, puisque ce sont des papillons. Un milan noir, véritable danseur aérien, lance son cri semblable à un hennissement. De la rive, on aperçoit les arbres tombés d’un chantier de castors, trois corneilles semblent discuter sur le sable. À l’abri du courant se forment les ondulations d’une eau diaprée pointillée de petites feuilles brunes, vertes, jaunes qui se déplacent en rubans. Les rossignols s’égosillent, le chant grave d’un loriot se fait entendre comme une rengaine à la cime des arbres qui grincent dans le mistral. Le sable gris fond sous les pas et la tête dorée des phallaris ou faux roseaux s’incline en cadence. Le rire métallique du pic vert traverse l’espace.

Se noue et se dénoue ici un entrelacs de lônes, d’îles, de rivières comme la Véore et l’Eyrieux qui viennent se perdre dans le fleuve. C’est un ensemble riche qui nous fait oublier que le Rhône d’aujourd’hui est surtout un gigantesque canal navigable et dompté.

Dans sa partie active, le Rhône a des eaux puissamment mouvantes et agitées. Il voit les péniches aux étraves vertes et rouges briser l’onde en éclaboussures blanches et mousseuses. Leurs drapeaux flottent dans le vent. Un cygne tuberculé qui nageait par là s’en trouva fort chahuté !

Au confluent avec la Drôme, la couleur de la rivière, turquoise ou terreuse, heurte le gris nacré du fleuve. Légèrement en retrait du confluent, un marais s’étale sur la rive droite de la Drôme.

Extrait des Chroniques buissonnières
textes Marie Pierre CAFFIN